Splendeur du mobilier russe

  • Saison 2014-2015

Splendeur du mobilier russe

Groupe de poésie moderne

Avec Splendeur du mobilier russe, le Groupe de poésie moderne (Gpm) s’intéresse au malaise qui nous empêche d’être satisfait du lieu où l’on se trouve tant sur le plan personnel, culturel que national. Cette nouvelle création poursuit aussi une réflexion entamée dans son dernier spectacle sur le rôle de l’artiste aujourd’hui. Celui-ci apparaît comme une figure ayant l’impression de ne pas avoir de place au sein de la société qu’il habite. Et la Russie dans tout cela? Peut-être représente-t-elle un ailleurs idéalisé. Elle habite l’oeuvre comme une ombre, en filigrane de l’action, comme l’incarnation d’un lieu mythique qui a vu naître de grands artistes en littérature, en poésie et en théâtre.  C’est une Russie théâtrale, imaginaire, où l’on confond Dostoïevski avec Jack Monoloy. Une Russie dont les personnages du spectacle se drapent, car il leur est plus facile de s’imaginer là, que dans le lieu où ils se trouvent.

Il faut voir et entendre le GPM pour comprendre tout le sens et toute la folie qui peut surgir du jeu rythmique des mots et des corps sur scène: le spectateur est aux prises avec un jeu physique et verbal qui dérape avec précision et virtuosité et il n’a d’autre choix que de s’abandonner au plaisir de l’inattendu!

CE QU'EN DIT LA CRITIQUE:

«Impossible de décrocher un seul instant, de souhaiter s’extraire de cette partition touffue, débridée, rodée au quart de tour, interprétée avec un indéniable brio.»
Lucie Renaud, JEU

« (...) avec Splendeur du mobilier russe, on a affaire à du travail de pros, des pros qui savent écrire, rassembler, mettre en scène et interpréter des textes hautement imaginatifs pour nous faire s’écrouler de rire. Un spectacle à voir absolument, parce qu’on n’a pas assez souvent l’occasion de crier au génie.»
Chloé Leduc-Bélanger pour Les Méconnus 

«le plaisir de se faire mener par le bout des mots, même s’ils n’ont pas toujours de sens, est entier.»
Jean Siag, La Presse

«La ludique troupe possède une identité unique et une niche artistique bien balisée, où des trames farfelues cohabitent avec une forme qui doit être réglée au quart de tour.»
Marie Labrecque, Le Devoir

«il demeure quasiment impossible de se sentir le cœur lourd ou triste devant Splendeur du mobilier russe, une création aussi vive qu’endiablée.»
— Olivier Dumas, Mon Théâtre

11févr. > 21févr.
Horaire et durée
Horaire:
Du mercredi 11 février au samedi 21 février à 20h
(Relâche les dimanches et lundis)
Les vendredi 13 et jeudi 19 février à 19h
Durée:
1h20 sans entracte

Crédits

  • Production
    Groupe de poésie moderne
  • Textes
    Bernard Dion et Benoît Paiement
  • Mise en scène et collage de textes 
    Robert Reid
  • Distribution
    Pascal Contamine, Larissa Corriveau, Sophie Faucher, Christophe Rapin et Elizabeth Chouvalidzé
  • Conception
    Cassandre Chatonnier (scénographie), Sylvain Bertrand (musique), Mathieu Marcil (éclairage), Cynthia Bouchard-Gosselin (coordination de production), Laurence Croteau-Langevin (régie et coordination technique), Agathe Detrieux (assistance à la mise en scène), Claire Renaud (assistante à la scénographie), Ilya Krouglikov (assistant de production), Milan Duchene et Léa-Marina Lanoue Timm (techniciens-manipulateurs)

Mots clés

  • Poésie
  • politique

Journal de création

Le journal de création est un espace en mutation. Au fil des semaines, il sera nourri par les artistes qui y documenteront leur démarche. Vous aurez un accès privilégié à leurs inspirations, ce qui vous laissera assurément un petit goût de revenez-y!

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Texte dramatique
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Inspiration
Processus

La compagnie

Groupe de poésie moderne

Les spectacles du Groupe de poésie moderne sont conçus à partir d'une série de courts textes originaux, souvent écrits comme des partitions, où la virtuosité des interprètes côtoie la folie. Le travail sur les mots n'est pas sans rappeler Queneau, l'Oulipau, Tardieu. Le Gpm a monté, entre autres, Le Boson de Higgs en 2002 et De l'impossible retour de Léontine en brassière en 2009. La compagnie a été fondée en 1993.

Entretien avec Le groupe de poésie moderne

Entretien avec Benoît Paiement, auteur, et Robert Reid, metteur en scène, mené par Marie-Christine Lesage, mis en forme par Agathe Dutrieux.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Benoît, peux-tu me parler du processus d’écriture qui caractérise le Groupe de poésie moderne ?

BENOIT PAIEMENT
Les textes du Groupe de poésie moderne – écrits par Bernard Dion et moi – doivent être abordés de manière particulière par les interprètes, car il y a toujours un travail rythmique à respecter. Néanmoins, en ce qui me concerne, cet aspect-là de mon travail est moins présent qu’auparavant. Je tends vers une écriture plus narrative. C’est vraiment dans les premières années du GPM que j’écrivais des textes plus axés sur la forme que sur la narration. Depuis une dizaine d’années, avec des spectacles comme La centième fois du silence ou Boson de Higgs, j’écris des textes qui sont des histoires, de courtes histoires indépendantes les unes des autres.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Oui, ce sont toujours des textes brefs.

BENOIT PAIEMENT
C’est vrai. Mes textes peuvent faire quatre ou cinq lignes, parfois dix lignes, parfois une page. Le texte d’ouverture de Splendeur du mobilier russe est un peu comme le texte de base du spectacle. C’est un texte d’environ deux pages, mais quand je l’ai écrit, il était très court. Puis je me suis dit : « non, ça ne marche pas, il faut que je me force et que je fasse quelque chose de plus intéressant, car ça, c’est trop court ». À partir de là, une histoire mystérieuse un peu policière est née. Ensuite, j’avais besoin de mots russes – on a plusieurs mots russes en français : troïka, verste, kopek, etc. –, j’avais besoin de mots de mobilier. J’ai cherché sur internet. Dans le texte, je parle d’une table basse, alors je voulais savoir comment on disait «table» en russe. J’ai tapé « mobilier russe » dans Google et là, il est apparu : « Splendeur du mobilier russe ». C’est le titre d’un livre sur les splendeurs du mobilier russe qui est effectivement splendide ! Alors quand j’ai vu apparaître ça, j’ai trouvé que c’était tellement niaiseux – « Splendeur du mobilier russe » - que je l’ai retenu immédiatement.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Et comment se construit la partition, le montage des textes ?

BENOIT PAIEMENT
L’absence de rapport entre les textes est nécessaire pour cette espèce de parcours heurté qu’est un spectacle du Groupe de poésie moderne. Je pense que si nous nous asseyions à la table avec Bernard et que nous écrivions un spectacle de 1h15 avec un lien logique d’un texte à l’autre, cela donnerait un résultat qui serait décevant. En tout cas, ce ne serait certainement pas Boson de Higgs, Léontine ou La centième fois du silence. L’inattendu entre un moment et le suivant est nécessaire. Mais j’ai aussi écrit des textes sur la Russie parce qu’on avait décidé de parler de la Russie.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Le rythme est une composante importante de votre écriture.

BENOIT PAIEMENT
Oui, le rythme surtout est important. Quand deux interprètes ont des répliques particulièrement courtes, j’aime faire suivre un texte plus long. Dans Splendeur du mobilier russe, par exemple, Christophe et Sophie ont une scène, ensemble, coupée par un paragraphe beaucoup plus long : une histoire est racontée, tout à coup, le personnage B intervient, le personnage A lui répond, le personnage B lui répond… et tout ça doit se faire d’une façon très rythmée, très précise.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
… d’une façon que toi tu as en tête, tu sais quel est le rythme qui convient.

BENOIT PAIEMENT
Oui. Quand Christophe – qui connait bien le travail du GPM – ou Robert lit un texte, il comprend de quoi il s’agit. Ces moments-là doivent être interprétés de façon très exacte, sinon on s’en va ailleurs, on revient dans une interprétation plus «conventionnelle». Il n’est pas question de ça avec le Groupe de poésie moderne. Dans cette création, le lien avec le rythme est différent par rapport à ce que j’ai pu faire dans certains textes plus anciens : des tableaux sonores ou des tableaux de couleurs dans le spectacle précédent ; c’était vraiment plus près de la musique ou de la chanson.

ROBERT REID
Dans l’écriture de Benoît, si le texte n’est pas exécuté avec le bon rythme, le sens change complètement. Aujourd’hui, en répétition, nous avons travaillé un texte intitulé L’Enfant de fils Lesoche : si les interprètent « jouent trop », s’ils mettent trop de temps entre les questions et les réponses, le texte n’a plus aucun intérêt.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Ces textes sont de véritables partitions. Souvent, les personnages ne sont pas nommés, on les désigne par des lettres : A, B, C, D. Il n’y a pas de psychologie de personnages préalablement construite.

BENOIT PAIEMENT
À chaque nouveau texte, à chaque nouveau moment, le personnage du texte précédent n’existe plus. L’acteur lui existe toujours, mais pour le personnage, c’est une nouvelle histoire.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Quand tu écris, tu as tout le temps des acteurs en tête?

BENOIT PAIEMENT
Souvent, oui. Quand une création est en cours et que je dois réécrire certains textes pour les clarifier, je vais avoir les voix des acteurs en tête. Pour Splendeur du mobilier russe, j’ai beaucoup écrit à partir des voix de Christophe et Sophie. Les acteurs m’inspirent. Au printemps dernier, quand j’ai écrit les textes sur la Russie pour Splendeur du mobilier russe, je me suis beaucoup inspiré des voix des acteurs. Plus tard, quand je les ai entendus lire ces textes, c’était étonnant de constater que cela correspondait exactement à ce que j’avais imaginé. Avec Sophie, c’était particulièrement étonnant parce qu’elle n’avait jamais travaillé avec le Groupe de poésie moderne auparavant.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Pouvez-vous, Robert et Benoît, nous parler de la façon dont vous avez procédé pour Splendeur du mobilier russe?

ROBERT REID
Les textes qui ont été écrits au cours des dernières années donnent souvent le coup d’envoi d’un nouveau spectacle. Cette fois-ci, Benoît, Bernard et moi nous sommes rencontrés pour parler d’une nouvelle création, nous avons lu de nouveaux textes, puis ça a lancé le processus. Chacun de nous a composé un corpus des textes qu’il voulait intégrer au nouveau spectacle. Benoît a également proposé des textes que nous n’avions jamais joués et qu’il souhaitait voir montés. Parfois, le corpus de nouveaux textes nous rappelait un texte plus ancien, et on se disait : « peut-être qu’on pourrait ramener ce texte-là ». Pour chaque spectacle, au final, nous présentons peut-être 40 titres. Mais dans le corpus des textes initial, il y a environ 100 titres. Parmi eux, il y a beaucoup de nouveaux textes et plusieurs de ces textes ne seront jamais lus.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Robert, tu as commencé à faire la mise en scène des textes du GPM en 1993. Comment procèdes-tu à partir du moment où tu reçois une centaine de textes des auteurs ?

ROBERT REID
La plupart des processus de création des spectacles du Groupe de poésie moderne commencent par lire des textes sans savoir exactement quel sera le spectacle. On lit chaque texte, puis on voit tout de suite, à l’oreille, s’il y a du potentiel ou pas. On traverse les textes, et il y a tout de suite des incontournables. Des fois, ces textes-là vont former le noyau. Pour le spectacle Boson de Higgs, Bernard avait écrit un texte impossible à faire, intitulé « Le Boson de Higgs », qui était comme le fine print d’une police d’assurance. C’était injouable, injouable! Mais c’est devenu un défi, puis c’est devenu un texte très fort du spectacle.

Ce sont de courts textes indépendants qui existent de façon autonome, qu’on essaie de mettre ensemble pour faire un tout. Mais du moment qu’on tente d’imposer une structure narrative trop forte, ça tue les textes littéralement. Le texte qu’on lit en atelier, qui est super bon, tout à coup, si on essaie de le faire rentrer une structure narrative, il perd tout son jus, il s’aplatit complètement, on a expérimenté ça souvent. Donc on est toujours en train de se demander : comment peut-on avoir une structure qui permet de donner à ce montage-là un mouvement? Et qui va permettre à ces cellules indépendantes de vivre et même, je dirais, de rayonner de toute leur lumière, les uns à la suite des autres. C’est pour ça que ce n’est pas une histoire, ça ne prend pas une histoire, ça prend quelque chose qui permette à ces textes d’être en mouvement. Pour faire un spectacle, on cherche un système ou un principe qui va nous permettre de mettre tout ça en mouvement, de donner l’illusion d’une histoire, peut-être, ou d’une structure dramatique minimale qui va nous permettre de jeter tout ça dans l’oreille du spectateur. Mais, c’est vraiment une composition par touches, je dirais.

MARIE-CHRISTINE LESAGE
Et comment se passe le travail de création avec les acteurs ?

ROBERT REID
L’analogie qui pourrait être intéressante pour comprendre ce que vivent les acteurs est la suivante : on leur met sur la table un bloc de glaise qui correspond à la sélection de textes qu’on a faite. Puis, après un moment, on en retire un peu et une forme apparaît. On leur dit : « ça ressemble à une montagne ». Alors là ils ont l’impression qu’ils sont en train de travailler sur un spectacle qui a une forme de montagne. Mais ensuite, on retranche, on transforme cela en quelque chose qui ressemble plutôt à un avion ou autre chose. Et ça n’arrête pas changer de forme au fil du processus de création. Alors parfois ils ont le sentiment de participer à un spectacle qui va être sur la Russie – mais ça n’a aucun rapport avec la Russie – ou de travailler sur un spectacle qui va être sur la peinture ou sur Borduas, mais ce n’est pas du tout là-dessus, c’est autre chose qui apparaît. Aussi est-ce un peu difficile pour les acteurs parce qu’il faut qu’ils soient patients avant de voir apparaître un mouvement, une action, un spectacle où ils vont pouvoir dire : « c’est ça que je joue ».

Splendeur sur scène

« (...) avec Splendeur du mobilier russe, on a affaire à du travail de pros, des pros qui savent écrire, rassembler, mettre en scène et interpréter des textes hautement imaginatifs pour nous faire s’écrouler de rire. Un spectacle à voir absolument, parce qu’on n’a pas assez souvent l’occasion de crier au génie.»
— Chloé Leduc-Bélanger pour Les Méconnus 

«Impossible de décrocher un seul instant, de souhaiter s’extraire de cette partition touffue, débridée, rodée au quart de tour, interprétée avec un indéniable brio.»
— Lucie Renaud, JEU

«le plaisir de se faire mener par le bout des mots, même s’ils n’ont pas toujours de sens, est entier.»
— Jean Siag, La Presse

«La ludique troupe possède une identité unique et une niche artistique bien balisée, où des trames farfelues cohabitent avec une forme qui doit être réglée au quart de tour.»
— Marie Labrecque, Le Devoir

«il demeure quasiment impossible de se sentir le cœur lourd ou triste devant Splendeur du mobilier russe, une création aussi vive qu’endiablée.»
— Olivier Dumas, Mon Théâtre

Crédit photos: Maxime Pistorio

Inspiration, Processus

Splendeur sur papier

Plongez au coeur du processus de création de Splendeur du mobilier russe du Groupe de poésie moderne.
Du 11 au 21 février.
Il reste des billets en prévente pour les 11, 12, 13 et 14 février.
Quantité limitée!

Contenu vidéo

Le groupe de poésie moderne et l'espoir

Dans le cadre du lancement de la saison 2014-2015, nous avons posé une question aux créateurs en résidence et en accueil à Espace Libre cette année:
En quoi votre spectacle est-il porteur d'espoir?
Entendez leur réponse, tout au long de la saison...
 
Réalisation et montage: Vincent Lafrance
Assistance à la réalisation: Laïma A. Gérald
Avec Larissa Corriveau, Sophie Faucher, Christophe Rapin et Pascal Contamine

photos de répétition

  • photo de répétition
  • photo de répétition
  • photo de répétition
  • photo de répétition
Texte dramatique

Définivement ceci

Extrait de Splendeur du mobilier russe.

A- C'est étrange. Ici, où nous sommes rendus, il y a une histoire avec un titre mais pas de texte...

 

B- Pas de texte?
A- Non.
B- Juste un titre?
A- Juste un titre regardez c'est blanc.

 

B- Mais oui... Un espace vide.
A- Un espace vide et blanc.

 

B- Et c'est quoi le titre?
A- "Définivement ceci".
B- "Définivement ceci"?
A- Oui.
B- Pas facile comme titre.
A- Pas facile non!                            
B- Qu'allez-vous faire?
A- Je ne sais pas!
B- Difficile de trouver quoi faire.
A- Difficile oui.
B- Mais...              un titre pareil c'est vous qui l'avez trouvé?
A- Le titre?
B- Oui.
A- Non. C'est le Groupe de poésie moderne. C'est comme ça qu'ils sont, (enfin qu'ils font) enfin que nous sommes (car nous sommes le Groupe de poésie moderne): des titres mais pas de textes. Seulement, ce n'est pas suffisant au théâtre pour avoir quelque chose à dire en scène quand le rideau se lève, (dans la mesure où il y a un rideau dans ces théâtres modernes!) enfin une histoire à conter... ce serait un peu comme un... contenant sans contenu vous voyez, ou tiens, un matin qu'on se lèverait et l'espace devant soi serait vide, inoccupé par les heures; c'est toute la vie, tout à coup, qui n'aurait plus de sens, qui n'irait plus nulle part; alors aussi bien resté couché, des matins pareils si ça existait, des matins sans avenir, comme une existence d'insignification.

 

B- "Définivement ceci" vous avez dit?
A-  Oui.                                     Un titre mais pas de texte!