
Depuis plus de 10 ans, je portais en moi un rêve, celui de m’inspirer d’un livre encore jamais traduit en occident : La danseuse malade de Tatsumi Hijikata. Cofondateur de la danse Buto avec Kazuo Ohno, Hijikata était de son vivant une figure mythique dans le milieu artistique du Japon. En 1983, il écrit La danseuse malade, longtemps considérée comme une oeuvre intraduisible tellement elle est complexe et inclassable. C’est un livre du devenir. On y voit quelqu’un (Hijikata) devenir autre : femme, enfant, animal, malade, fou. Des figures féminines naissent ici et là sans jamais être nommées. Elles sont souvent maladives et l’on croit qu’elles sont les germes de ce qu’est devenue sa danse.
Faisait-il référence à sa grande soeur partie vendre son corps à Kyoto afin d’échapper à la famine et revenir demi-folle et malade? «Certainement mon corps plié démontre une forme qui pourrait servir à reprendre de la force, mais c’est parce qu’il s’est formé avec une fêlure».
La pensée fondamentale de Hijikata sur le corps poursuit cette fêlure et c’est aussi à partir de ma fêlure que j’ai créé mon spectacle. Avec La danseuse malade, j’ai essayé d’explorer, en résonnance à l’univers de Hijikata, mon propre corps, ma psyché et mon enfance. J’ai tenté de sonder de multiples facettes de ce corps qui se forment avec des liens secrets à travers le temps et l’espace et dont la maladie devient la matière primaire de la création.
— Jocelyne Montpetit
Conception, interprétation et chorégraphie Jocelyne Montpetit
Conseiller dramaturgique Francesco Capitano
Textes Tatsumi Hijikata
Traduction Kuniichi Uno
Éclairages Marc Parent
Musique Arvo Pärt, Gagaku, Gavin Bryars, Crespo
Costumes Rocco Barocco, Issey Miyake, Betsey Johnson
Direction technique Philippe Dupeyroux
Studio d’enregistrement Création
Photo Shin Koseki
Pour sa recherche intitulée Hijikata et les mots , Jocelyne Montpetit a bénéficié d’une résidence de création comme chercheur au Département du corps et du cinéma de l’Université St-Paul à Tokyo. Pour la création et les répétitions de cette pièce, Jocelyne Montpetit a bénéficié d’une résidence au Théâtre de Quat’Sous
et du Programme d’aide aux artistes en danse du Département de danse de l’Université du Québec à Montréal.
Durée 60 min. (sans entracte)
Marquée par la rencontre des cultures d’Extrême-Orient, Jocelyne Montpetit figure aujourd’hui parmi les chorégraphes et interprètes les plus intenses et singulières de la danse québécoise et canadienne. Sa vision de la danse s’ancre à l’idée que l’essence précède la forme. La danse est pour elle un art de l’introspection, porteur de multiples métamorphoses par la fusion des corps avec la matière et aussi avec la mémoire, intime et collective.