Mot de la direction artistique

Plus qu’un théâtre, c’est Espace Libre!

Peut-être nous connaissons-nous un peu, beaucoup, ou bien pas du tout. Alors, je me présente : je m’appelle Geoffrey Gaquère et je suis le directeur artistique d’Espace Libre.

Situé au cœur des Faubourgs, au centre des quartiers populaires Sainte-Marie et Saint-Jacques, Espace Libre a élu domicile dans une ancienne caserne de pompiers. Cet édifice où, jadis, on garait les camions qui servaient à éteindre les incendies est devenu un brasier pour la création. Sa mission : soutenir des prises de paroles audacieuses tant sur l’art que sur le monde, favoriser l’expérimentation, la recherche, le dialogue interculturel et toujours, toujours vous présenter des aventures théâtrales où le plaisir s’accorde avec l’audace et la performance. Car c’est ça, Espace Libre, un pôle incontournable qui, depuis plus de 35 ans marque le paysage culturel; un lieu hors normes où chaque spectacle transforme la salle, vous donnant à chaque fois, à vous, spectateurs, l’impression d’entrer dans un nouveau théâtre.
Espace Libre est donc un point de départ, une rampe de lancement, une station spatiale d’où partent des artistes à l’assaut des nouveaux territoires de l’imaginaire.

Si vous franchissez nos portes, c’est donc pour assister au spectacle de ces explorateurs et exploratrices qui s’élancent vers le ciel, en y lançant des questions — qui leur reviendront toujours en question — et qui, réapparaissant embrasés, tentent d’éclairer cette comédie dans laquelle nous avons tous un rôle à jouer. Bref, comme nos artistes, vous entrez ici, non pas pour oublier que vous êtes un être humain, mais pour vous rappeler que vous en êtes un.

Donc, un voyage ! Une aventure théâtrale humaniste, baroque et festive, ponctuée cette saison par 11 spectacles, 11 escales dont 4 vous sont concoctés par nos compagnies résidentes, le Nouveau Théâtre Expérimental et OMNIBUS le corps du théâtre ; et une autre que j’initie et qui donnera l’occasion à Espace Libre de bâtir un grand projet citoyen.

Le départ étant imminent, je vous invite à faire vos valises, à n’emporter que le strict minimum. Ici, point de GPS et de sentier balisé, mais, l’assurance d’emprunter des chemins inattendus. Dans quelques instants, nos portes s’ouvriront et, ensemble, nous partirons à Kinshasa ou dans les îles du Pacifique. Nous irons à la rencontre du règne animal. Dans la jungle de la ville, nous serons accueillis par nos voisins, nous visiterons des communautés d’ici que nous connaissons si peu; nous explorerons leur histoire, leur art et leurs coutumes. Nous passerons par la cour de l’école où nous rencontrerons notre jeunesse qui bâtit l’avenir et nous entendrons une nouvelle génération de femmes qui réinvente le mot engagement.

À pied, à la nage ou sur une planche de surf nous irons vers la vie qui bouillonne avec, dans le cœur, l’audace des voiles gonflées par les vents…[1]

Espace Libre : théâtre citoyen

Aujourd’hui, tout en continuant à être attrayant pour ses artistes et étonnant pour son public, Espace Libre désire marquer son virage vers la quarantaine, parce que oui ça approche,  en s’ouvrant davantage sur son quartier, afin de faire de ce théâtre un lieu rassembleur pour ses voisins.

Ainsi, en total respect avec son mandat de recherche et de création, j'ai voulu qu'Espace Libre tente au cours des trois prochaines années une grande expérience citoyenne en programmant le « Spectacle de quartier » dont la première édition est Pôle sud, documentaires scéniques. Une œuvre théâtrale réalisée avec les habitants de Sainte-Marie et Saint-Jacques, mise en scène par Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier, et présentée à nos voisins et au grand public.

Le but, ici, est de faire éclater la cloison qui existe entre un théâtre et son milieu immédiat, et ce, en remettant au cœur de l’art son utilité citoyenne.

Cette saison 2015-2016 donne également la parole à d’autres artistes issus de communautés qui façonnent au quotidien notre société québécoise et dont il est grand temps que leurs histoires peuplent nos scènes.

Le but est de répondre par l’action à l’article 27 de la Déclaration des droits de l’homme qui stipule que :
Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer aux progrès scientifiques et aux bienfaits qui en résultent.[2]

Car, si nous voulons que le citoyen soit solidaire de sa culture, il faut que la culture soit solidaire du citoyen.

Geoffrey Gaquère

[1] Extrait du poème Ode maritime de Fernando Pessoa

[2] Le 10 décembre 1948, les 58 États membres des Nations Unies qui constituaient alors l’Assemblée générale ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris, au Palais de Chaillot.

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